
On a gardé sous le nom de Théocrite (v. 310 – v. 250 av. J.-C.) un recueil d’« idylles », c’est-à-dire de « formes brèves », autant de poèmes assez courts qui relèvent de genres variés : petites formes mythologiques, scènes amoureuses (auxquelles restera attaché le terme d’« idylle »). Théocrite est aussi le créateur de la poésie bucolique, qui met en scène des bergers, genre appelé à un long avenir. Certaines pièces du recueil doivent cependant être attribuées à d’autres auteurs (Moschos, Bion), d’autres voient leur authenticité diversement appréciée par les savants. C’est le cas de l’idylle XXV, Héraclès tueur de lion, qui est en tout état de cause une pièce pleine de vie et de fraîcheur.
Le sujet est épique (un exploit d’Héraclès), le mètre aussi (mais l’hexamètre dactylique de l’épopée est aussi le vers habituel de l’idylle). Le poème n’offre pas une structure continue mais est constitué de trois morceaux brefs : 281 vers au total. Dans le premier, un vieux berger indique à Héraclès le chemin des écuries d’Augias, qu’il s’apprête à nettoyer : ce sera l’un des ses douze travaux ; dans le deuxième, Augias et Héraclès passent en revue les troupeaux du roi ; dans le dernier, Héraclès raconte à Phyleus, le fils du roi, son combat contre le lion de Némée, dont il porte la dépouille sur ses épaules. S’agit-il de fragments d’un poème plus important dont le reste aurait été perdu ? Un début abrupt peut en effet faire croire à une lacune initiale. Mais l’absence de liaison entre ces trois pièces produit un puissant effet esthétique, dans le goût d’une certaine poésie hellénistique : morcellement du thème épique, approche biaisée du sujet : alors que tout prépare au récit du nettoyage des écuries royales (pour lequel Héraclès n’hésitera pas à détourner le cours du fleuve Alphée), il n’en sera jamais question et c’est un autre exploit qui va être narré : celui de la victoire sur le lion de Némée. Mais le monde héroïque est aussi transposé dans un contexte plus réaliste et bucolique par l’évocation des travaux des champs et de la vie rurale, ainsi que par la présence de paysans parmi les personnages. C’est ainsi qu’un vieux laboureur décrit à Héraclès le domaine d’Augias, dans un passage d’une belle tenue poétique :
C’est là une poésie « secondaire » (au sens où elle vient après, après Homère et la poésie épique, dont elle reprend le contenu mythique). Mais en transposant le mythe d’Héraclès (le héros par excellence) dans un autre contexte esthétique et dans un autre langage poétique, ceux de l’alexandrinisme hellénistique, qui réunit réalisme et sophistication dans la « fiction d’une poésie simple et populaire » (1), l’auteur se livre à une véritable ré-élaboration créatrice. L’ensemble est une incontestable réussite.